Claire Chesnier, Une éclaircie à la verticale
Art Press n°539 janvier2026
C'est toujours le même émerveillement, le même temps de pause auquel nous obligent les abstractions colorées de Claire Chesnier (France, 1986). Peu d'œuvres ont ce pouvoir, celui d'attraper notre regard pour le façonner, l'inonder de matières et de vibrations. On connaissait ses grandes encres sur papier aux nuances subtiles, allant du jaune au bronze, du rose au pourpre, hérissées de fortes lignes d'horizon, point de jonction des coulures des pigments jusqu'à faire naître des paysages sublimes, nuits évanes-centes, aubes humides, scintillements en éveil...
Mais cette exposition dans la galerie blanche du centre d'art affirme une recherche renouvelée. Si les formats sont toujours verticaux, ils s'approchent du carré et enferment des paysages aux volutes plus rococo, comme si le fragment d'un ciel de Boucher avait ici été prélevé et agrandi. Les couleurs se font plus éthérées. Les rayons de soleil ont remplacé les stries nocturnes, si ce n'est que l'orage au gonflement orangé s'apprête à dégorger ses pluies violacées. Monet était fasciné par le changement des couleurs au fil des heures. Chesnier aussi. Sur de fines colonnes de papier coloré, la lumière du jour rebondit pour teinter l'espace environnant tandis que ses encres couchées renversent le paysage à nos pieds, à la manière de miroirs flottants. Il est question de méditation pure. Restons là 12 minutes, devant une de ses abstrac-tions, pour vivre en accéléré 12 heures d'ensoleillement produites par un dispositif d'éclairage graduel. L'émerveillement est à son comble.