Claire Chesnier : "La peinture c'est toucher et être touché"
L'Œil2023
"Ma peinture est une peinture d'encre et d'eau qui résulte d'un processus très physique, mais rien ne le laisse deviner. Je travaille avec un papier marouflé sur Dibond — une plaque d'aluminium et de carbone utilisée par les photographes —, ce qui donne au tableau cet effet de planéité, comme un écran. L'important, c'est que l'on ne perçoive ni le support ni le geste, afin que ce mystère soit une invitation à entrer dans la peinture. Celle-ci se donne immédiatement, sans pour autant se résumer à une image. Je procède par voiles d'encre : ils s'intriquent et se tissent les uns avec les autres. En se mêlant, ils créent cette sorte de brume, d'axhalaison de couleur lumineuse. A chaque fois, j'essaie de me rapporcher d'un seuil, d'un point de bascule où tout peut vaciller. Afin de faire vibrer la couleur, je dois trouver un équilibre entre la densité de la charge de pigments, qui crée cette tactilité et cette matité, et l'écueil d'une surface opaque, surchargée, incompatible avec la respiration de l'œuvre. Cependant je n'ai pas l'impression d'avoir de règles. Je travaille sur un temps long, qui participe de cette sensation d'épaisseur, de perspective presque atmosphérique qui se dégage de mes œuvres. Quand on regarde un tableau de Monet, pour moi un maître absolu, on perçoit que, grâce à sa grande acuité d'observation, il parvient à créer un monde où les choses se touchent, se pénètrent. La peinture, selon moi, c'est cela, c'est toucher et être touché."