Claire Chesnier, entre ciel et terre
Lunettes Rouges2025L’exposition de Claire Chesnier au CCC Olivier Debré à Tours (jusqu’au 1er février) est bien plus qu’une exposition. C’est une plongée, une immersion, une méditation, une oraison pour certains, une extase pour d’autres. C’est, face à ces oeuvres de couleur et de lumière, la possibilité d’être fasciné, emporté, flottant dans ces cieux et ces paysages. On entre de plain pied dans ces tableaux vibrants à taille humaine, on s’y fond, on s’y laisse engloutir, et c’est une expérience autant sensuelle et physique que visuelle et esthétique. La supposée ligne d’horizon toujours indécise séparant la « terre » du « ciel » se décline en vague, en silhouettes d’arbres, en dentelle, laissant la place à une gradation imperceptible, à une transition constante.
Claire Chesnier s’inscrit dans la lignée des peintres qui ont su transfigurer des paysages en composition quasi abstraites lumineuses, brumeuses et indécises : Turner bien sûr, Constable et Ruisdael, mais aussi Biberstein (et, en photographie, Rita Magalhães). À ceci près que Claire Chesnier n’est pas peintre, qu’elle ne prétend nullement restituer à sa manière la lumière et les couleurs du monde devant ses yeux, mais qu’elle utilise de l’encre et des pigments infusés sur du papier aqueux et qu’elle ne représente rien, sinon sa propre vision intérieure du monde.
Dans une petite salle, un jeu de lumières projetées sur un de ses tableaux (Le Ciel est comble, et s’ouvre encore) le modifie insensiblement, l’éclaircissant puis l’obscurcissant : la « terre » devient plus sombre, le « ciel » plus clair, puis tout bascule. Le temps d’un jour se condense en douze minutes, et le spectateur perd tout repère.
Blog de Lunettes Rouges, octobre 2025