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Claire Chesnier, « Revoilement » ( fr | en )

CLAIRE CHESNIER | MAI 2011

 

La peinture inscrit son corps dans une double fragilité : celle de la porosité du papier et de la fluctuation des encres d’une part, celle du retrait de la touche et de l’avancée du « geste de la couleur » (Devade) d’autre part. Elle se constitue à la fois comme découpe dans l’espace du blanc – créant de la marge et de la réserve – et engage une matière, par nature excentrique – fuyant le centre par effet de capillarité, dans son écoulement en nappes liquides. Par-delà l’exploration de la couleur et de la forme, ce travail relève d’un questionnement de l’inscription et de l’impression de la surface par rapport à une unique lumière de fond : le blanc du papier. Chaque pan de couleur s’affirme ainsi comme revoilement avec le paradoxe que cherchant l’éclaircie, il faut coucher l’ombre. Cette manière d’investir l’étendue tend à révéler et à travailler dans l’épaisseur de la peinture, si fine soit-elle, le geste placé dans un « toucher à distance » (Blanchot).

La transparence des encres et le satiné du papier affirment leurs corps coïncidents pour signifier la surface tout en laissant entrevoir les passages successifs dans l’amuïssement du geste. Stratification de couleurs et de temps sont ainsi perceptibles comme échos lointains d’une lumière antérieure. Faisant appel à une appréhension de l’immédiateté de la forme comme de son lent déroulé et de sa concentration au bord du blanc, cette peinture convoque un double regard, tantôt tourné vers le surgissement d’une présence de la peinture prise en étau dans le dessin, tantôt vers son processus de révélation (au sens quasi photographique) de la couleur sédimentée et assujettie à la matière du papier. Entrant en résonance avec l’histoire de l’abstraction (notamment américaine dite « post-painterly ») autant qu’avec la tradition des estampes japonaises, cette peinture intériorise le fragment pour mieux pointer son origine et sa filiation avec ce qui déborde le cadre et l’image. De tensions aiguës en poudroiements sensuels la couleur sertie et compagne du blanc invite le regard à la contemplation d’un corps ouvert sur l’inconnu : une pensée de la peinture qui se cherche dans le débord de l’image et appose l’espace du silence à celui de la communication.

 

© Claire Chesnier
texte de l’exposition Fragments d’une déposition, Galerie du jour agnès b., Paris, 2012.

Claire Chesnier, « Re-veiling »

 

CLAIRE CHESNIER | MAY 2011

 

The body of the painting functions within a double fragility : that of the porous surface of the paper and the fluctuation of the inks on one hand, and that of the retreat of the brushstroke and the coming forth of the movement of the colour on the other hand. Color appears to simultaneously cut into the white space of the paper – a study of margins and reserved space – and evokes the question of the surfaces materiality in its eccentric nature – running from the centre in a capillary like manner in a stream of liquid layers.

Through the exploration of colour, my work reveals the question of covering, occupation of surface in relation to a single back light : the white of the paper. Every spread of colour is established as a “re-veiling” with the paradox that to seek light, it is shadow that is layered on the paper. Such a way of using the surface reveals the desire to enter into the layer of paint however thin that layer might be, the movement placed in a “distant stroke” .

The transparency of the inks and the smoothness of the paper assert their coinciding bodies to signify the surface while showing the successive layers through the muting of the stroke. Stratification of colour and time are thus perceptible as distant echos of a former light. Calling upon an immediate comprehension of form as upon its slow unveiling and its concentration at the edges of the white, my paintings necessitates two ways of looking at them, one way turned towards its process of revelation (in a quasi photographic way) of sedimented colour and another way directed by the surface of the paper.

My paintings enter into conversation with the history of abstraction (notably american abstraction said to be “post painterly”) as with the tradition of japanese prints, it internalizes the notion of fragment so as to better point at its origin and its filiation with that which overlaps the frame an the image. Tensions are sensual scatterings, colour mounted accompanied by the white invites the onlooker to contemplate a body open to the unknown : a reflexion on painting that searches for itself in what overflows from the image and adds a space for silence to that of communication.

 

© Claire Chesnier
Published under the title « Statement Archive 003 – Claire Chesnier », in#013 Statement Archive Project, Ed. Shelter Press, Paris | Brussels, 2012.