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Marguerite Pilven, « Claire Chesnier » ( fr | en )

MARGUERITE PILVEN | FÉVRIER 2012

 

Claire Chesnier se tient depuis quatre ans au protocole de création suivant : elle imprègne d’eau un papier aquarelle épais qu’elle fixe verticalement, définit son cadre d’intervention avec des rubans adhésifs puis lâche de grandes coulées de couleurs sombres au moyen d’un pinceau gorgé d’encre. Avec une large brosse coréenne, elle intervient ensuite sur ce flux vertical pour le balayer horizontalement. Elle appelle « re-voilement » ces va-et-vient qui ralentissent la chute des pigments sur le blanc de la page. En étirant les encres pour travailler leur jus à bras-le-corps, elle les maintient liées à ce fond lumineux par le biais de gradations chromatiques, avant qu’il ne soit trop tard. Impossible de revenir en arrière une fois l’encre séchée. Dans cette pratique en temps réel, le repentir n’existe pas. En se raidissant à mesure qu’il s’assèche, le papier perd aussi de sa capillarité. La maîtrise de ce protocole obtenue à force de pratique n’épuise jamais le caprice des encres infiniment labiles. Tout est fonction du degré d’humidité du support, de la qualité des pigments. Autant de micro-évènements auxquels Claire Chesnier répond avec le pinceau.

Par le dialogue vif et constant qu’elle exige avec la matière, l’exécution de ces peintures requiert une grande concentration. La peinture est pour Claire Chesnier une passerelle tendue, et sans cesse tentée, entre la lumière et l’encre qui s’en détache comme une ombre. Elle est considérée menée à son terme lorsque le glissement des encres vers la lumière du « fond » s’est fait de manière fluide. Un passage qu’elle fixe en une logique quasi photographique d’instantané. L’immédiateté du procédé fait qu’un dessin en appelle un autre ; les questions formelles qu’il soulève lors de son exécution se reportant sur un autre dessin. C’est pourquoi Claire Chesnier les numérote. Des résonances formelles de l’ordre de la variation musicale apparaissent après coup, qu’un accrochage permettra ensuite de dévoiler.

D’un protocole physique et méditatif taillé aux mesures de son ambition, Claire Chesnier tire des œuvres dont la forte présence subjugue.

 

© Marguerite Pilven
in, catalogue Biennale de la Jeune Création, Ed. La Graineterie, Houilles, 2012.

MARGUERITE PILVEN | FEBRUARY 2012

 

For four years Claire Chesnier has been keeping the following protocol of creation : she water-soaks a thick watercolour paper that she sets vertically, defines the frame of her intervention with tapes then releases large dark colours flows with the help of a inklogged brush. With a large Korean brush, she then intervenes on this vertical flow to sweep it up horizontally. She calls «re-veiling» these backwards and forwards movements that slow down the pigments fall on the white of the page. By drawing out the inks to work their juice bodily, she keeps it linked to this luminous background by means of chromatic gradations, before it is too late. Impossible to go back once the ink is dry. In this real-time practice, the pentimento does not exist. By tensing up as it is drying up, the paper also loses its capillarity. The mastery of this protocol obtained by dint of practicing does not run out of the vagaries of the inks infinitely labile. Everything depends on the humidity degree of support, on the pigments quality. As much micro-events about which Claire Chesnier answers with the brush.

By the sharp and constant dialogue that she demands with the medium, the execution of these paintings requires a strong concentration. Painting for Claire Chesnier is a tight link, and continuously tryed, between the light and the ink that leaves it as a shadow. It is considered brought to fruition when the sliding of the inks toward the «background» light as been made in a flowing way. A transition that she sets in quasi-photographic logic of snapshot. The immediacy of the method implies that a drawing calls for another ; the formal questions they raise during its execution being transferred to another drawing. That is why Claire Chesnier numbers them. Formal resonances appears after the fact, that a hanging allows to unveil.

From a physical and meditative protocol made commensurate with her ambition, Claire Chesnier draws a work of which the strong presence captivates.

 

© Marguerite Pilven
in, catalogue Biennale de la Jeune Création, Ed. La Graineterie, Houilles, 2012.