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Hélène Meisel, « Claire Chesnier » ( fr | en )

HÉLÈNE MEISEL | FÉVRIER 2012

 

Certaines pratiques graphiques sont réversibles, elles autorisent le repentir et le gommage. D’autres s’avèrent en revanche irréversibles, l’intervention de l’exécutant étant indélébile. Le travail de Claire Chesnier s’inscrit dans cette seconde catégorie : celle du faire sans défaire. Le format choisi fixe l’étendue d’un geste soumis à un protocole invariable : l’artiste prépare son papier à plat en le mouillant, y délimite avec des bandes de masquage une réserve centrale dont les bords ne sont jamais orthogonaux, et redresse ensuite la feuille pour y appliquer avec une brosse douce des encres pigmentaires très diluées. Le tout doit être effectué sur papier humide, a fresco. L’évaporation fixera définitivement les couleurs, leurs migrations et leurs dégorgements.

Superposées en voiles translucides, les encres pourraient rappeler la techniques inventée par Helen Frankenthaler au début des années 1950, le soak-stain (imprégnation-maculation), reprise par Morris Louis dans ses fameuses Veils. Il s’agissait alors de noyer résine acrylique et térébenthine pour laisser s’imprégner le mélange fluide sur la toile crue. La procédure générait l’apparition de coulées antiform, ainsi qu’une sensation d’expansion plane.

Chez Claire Chesnier, l’imprégnation reste cependant sujette à la profondeur. Car la fenêtre ménagée sur la feuille devient le fragment d’une nappe colorée qui la déborde virtuellement. Au fur et à mesure que cette réserve centrale s’obscurcit, à force de boire les vagues successives d’encre, elle soustrait au papier sa luminosité, y creusant une perspective atmosphérique comparable aux nuées impressionnistes. L’horizon clair qui surmonte les aplats mats et luminescents s’offre alors comme une respiration, une éclaircie que l’artiste appelle simplement « ouverture ».

 

© Hélène Meisel
in, catalogue Diplômés 2011, Ed. Ensba, 2012.

HÉLÈNE MEISEL | FEBRUARY 2012

 

Some graphic practices are reversible, they allow the pentimento and the erasing. Others, in contrast, prove to be irreversible, the author’s intervention being indelible. Claire Chesnier’s work is part of the second category : the one of do without undo. The select format sets the stretch of a gesture submitted to an invariable protocol : the artist prepares her paper layed flat and by moistening it, delimits there a central reserve whose edges are never orthogonal, then straightens up the sheet to aply on it very dilutetd pigmentary inks with a soft brush. The whole has to be made on wet paper, a fresco. The evaporation will set for good the colours, there migrations and there disgorgements.

Layered in translucid veils, the inks could remind of the technique invented by Helen Frankenthaler at the beginning of the 50’s, the soak-stain, taken back by Morris Louis in his famous Veils. It was then about drowning acrylic resine and turpentine to let the fluid mixture soaking up on the unprepared canvas. The procedure generated the appearance of antiform slides, as well as a feeling of flat expansion.

With Claire Chesnier, the expansion is nevertheless subject to depth. Because the window spared on the sheet becomes the fragment of a colored layer that virtually overflows it. As this central reserve darkens, by dint of absorbing the successive ink waves, it takes from the paper its luminosity, creating an athmospheric perspective close to the impressionnist clouds. The light horizon that sits on top of the mat and luminescent tint areas presents itself as a breath, a bright interval that the artist simply calls «opening».

 

© Hélène Meisel
in, catalogue Diplômés 2011, Ed. Ensba, 2012.